Lundi 3 mars 15

Le bateau est arrivé à son mouillage samedi soir et j’ai passé ma dernière nuit à bord. Les douaniers ont été très sympa et ils m’ont emmené en voiture jusqu’au portique de sortie du port. Leur collègue a tout de même fait son boulot et mes bagages ont été consciencieusement fouillés, mais pas d’incident.

A la sortie du port j’ai facilement trouvé un taxi pour aller au B and B « La Nona », qui se trouve au « cerro Alegre », ce qui peut se traduire par le quartier joyeux. L’appellation vient du fait que c’était le quartier de prédilection des marins qui y faisaient la fête.

Le B and B est très modeste mais l’hôtesse et son fils sont très chaleureux et accueillants. Nous avons beaucoup parlé et ils m’ont conseillé sur ce qui vaut le coup d’être vu. Ils m’ont aussi beaucoup parlé de l’histoire de la ville.

L’après- midi, je me suis promené  un peu au hasard et j’ai fait ce qu’il ne fallait pas faire. Je suis allé en bord de mer en voulant faire le tour de la baie à pied. En fait on ne peut pas accéder au bord de mer, qui est longé par la voie ferrée et quasiment une autoroute, ce qui ne se  voyait pas du tout de la mer. J’ai bifurqué vers l’intérieur et je me suis retrouvé dans le vrai centre de Valparaiso, mais comme c’était dimanche c’était un peu désert.

Je suis rentré à mon B and B et j’ai fait la causette avec « Nona », diminutif de Sonia, qui gère la boutique. Son fils habite au- dessus avec sa femme et leurs deux jumelles de sept mois. La Nona est devenue veuve quand son fils avait quinze ans. Ils ont développé une relation assez exclusive qui fait que la Nona s’interdit de partir en vacances pour ne pas laisser son fils  de quarante-deux ans seul avec sa femme. Le fils, René, ne fait pourtant pas du tout attardé. Il est marié depuis sept ans avec une enseignante et ils ont eu leurs filles, des jumelles, il n’y a que sept mois. L’épouse, que je rencontre parait tout à fait satisfaite de la situation. Elle a quitté l’éducation nationale et s’occupe de formation des jeunes délinquants (pas pour devenir délinquants, mais pour ne plus l’être !). La Nona m’explique que la cohabitation de plusieurs générations sous le même toit est assez répandue au Chili, compte tenu de la situation économique. René ne parait pas avoir d’autre activité que la location des chambres. Il est très remonté contre la réforme de l’éducation nationale entreprise par la présidente Bachelet. 

Sur leurs conseils, mardi matin je suis allé sur la plazza Major rejoindre une visite guidée de la ville. Le principe est qu’il n’y a pas de tarif et que chacun donne ce qu’il veut.

Le groupe a été divisé en deux, un en anglais et un en espagnol. Je me suis joint au groupe espagnol et bien m’en a pris. Nous étions beaucoup moins nombreux. Le guide, qui est professeur d’histoire était très intéressant et avait une très bonne élocution. J’ai tout suivi.

La ville a une partie basse, qui a été gagnée sur la mer et une partie haute, les fameux cerros.  La partie basse, près du port constitue l’ancien quartier riche de l’époque de la splendeur de Valparaiso, c’est-à-dire avant le Canal de Panama. Ce quartier est maintenant totalement décadent et mal fréquenté. Le contraste entre la beauté des immeubles et l’environnement douteux est intéressant à voir.

On accède aux cerros à pied en montant si on est courageux ou en ascenseur si on l’est moins. Les ascenseurs datent du XIX siècle et sont de véritables monuments en eux-mêmes. Chaque cerro est séparé des autres par une descente et une montée assez raide. Ceci a développé un esprit de communautarisme assez fort : tout le cerro se connait. Les maisons sont pour la plupart en adobe couvert de tôle ondulée et peintes de toutes les couleurs. La municipalité a encouragé l’art de la peinture murale et on rencontre au coin des rues de véritables chefs d’œuvre. Les rues montent et descendent dans tous les sens. Il parait qu’autrefois, lorsque quelqu’un demandait son chemin on lui répondait : prenez la première rue à droite  après la maison jaune, continuez jusqu’à la maison bleue, puis lorsque vous serez au croisement où il y a une maison rouge, vous serez arrivé. Maintenant il y a des noms de rues, mais ils ne sont pas toujours affichés.

Le quartier où je loge est le cierro Alegre,  Alegre pour joyeux. C’était autrefois le quartier de prédilection des marins en escale qui venaient y faire la fête. On avance dans un dédale de ruelles avec des décors magnifiques. On redescend à la ville basse par un autre ascenseur et on rejoint ainsi la place Mayor, dans un tramway qui date de 1953 et qui fait très vintage.

 

arrivée à Valparaiso
Valparaiso du Chili fresque murale
Valparaiso du Chili fresque murale
Valparaiso du Chili fresque murale

Mardi 4 mars 2015

La journée commence par la visite de la maison de Pablo Neruda, que j’ai rejoint par la avenida alemana, qui est une sorte de corniche dominant la basse ville et la baie de Valparaiso. Tout au long du trajet, j’ai eu des vues superbes vers le bas, mais aussi sur les contreforts des cerros avec des maisons accrochées en hauteur.

La maison de Pablo Neruda est une sorte de petite tour accrochée au cerro qui doit avoir une des meilleures vues de la ville. On s’y installerait directement sans rien changer.

mardi 10 mars 2015

Je m’aperçois que j’ai négligé mon journal pendant une semaine. Il est clair que j’ai moins de temps que sur le bateau.

Le mercredi 5 mars j’ai rejoint Santiago en bus, qui est le meilleur moyen de circuler au Chili. J’ai traversé un paysage très méditerranéen de type Var ou Grèce. Très peu d’habitation et de grandes traces d’incendie. Le Chili traverse une longue période de sècheresse.

Je suis allé chez mon cousin Julio qui m’héberge à Santiago dans le nouveau « centre », à l’est de l’avenue « Providencia » qui marquait l’ancien. Le quartier s’appelle « El Golf », tout simplement parce qu’il y a un golf !

Le quartier est entièrement neuf et je trouve l’architecture très réussie.  Ce ne sont pas des blocs uniformes mais de très beaux bâtiments de formes variées. La ville est plutôt propre et bien entretenue, même dans des quartiers plus populaires.

J’apprécie beaucoup Santiago mais il faut reconnaitre que ce n’est pas une ville très dépaysante. Le centre historique fait très européen et les nouveaux quartiers américains chics. La ville est très verte avec beaucoup de palmiers, ce qui rend agréable de marcher dans la rue malgré la chaleur.

Les rois d’Espagne avaient imposé que toutes les villes fondées par les conquistadors soient sur le même plan avec au centre la place d’arme sur laquelle est également la cathédrale. Toutes les rues sont en damier en quand on demande son chemin, la réponse est « tout droit et après le quatrième bloc vous tournez à droite, puis deux blocs…etc » 

La ville en s’agrandissant est montée à l’assaut de la cordillère. Comme elle est encerclée de montagne, elle est assez polluée. Les rues sont la plupart du temps assez larges et aérées avec beaucoup d’arbres, ce qui rend les promenades agréables.

Ce qui frappe lorsqu’on arpente le centre historique c’est le mélange d’architectures, qui ferait hurler les puristes, mais qui me convient. Les bâtiments vraiment anciens sont assez rares, le gros des constructions est du XX em siècle et éventuellement du XIX em.

Je n’avais jamais réalisé que les guerres napoléoniennes avaient déclenché l’émancipation des colonies  sud- américaines de l’Espagne. Le grand libérateur du Chili a été le général O’Higging, issu d’une famille irlandaise. On est surpris de voir l’importance de l’influence française au début de la république chilienne après 1817. Beaucoup des bâtiments qui subsistent de cette époque sont de style français, dont l’opéra.

Le conquistador qui a fondé le Chili a été Pedro de Valdivia, qui avait d’abord participé à la conquête du Pérou. Il est venu au Chili en traversant les zones désertiques, la plupart de ceux qui l’accompagnaient sont morts en route et on comprend pourquoi. Le but était de trouver une route qui permette de passer de l’Atlantique au Pacifique.

Contrairement à ce qui s’est passé en Amérique du nord les indiens Mapute ont tenu les espagnols en échec  et le Chili de la conquête espagnole était un très petit territoire.

Je suis allé au cinéma voir un film anglais sous-titré en espagnol, que j’ai bien suivi sans savoir si c’est grâce à l’anglais ou à l’espagnol ; ensuite un film français également sous-titré en espagnol, totalement déroutant, les sous-titres m’ont fait manqué des répliques Le comble a été Dowton abbey pour lequel les sous-titres espagnols jurent avec les dialogues de l’aristocratie anglaise.

Je me suis beaucoup promené dans les rues de Santiago avec beaucoup de plaisir.

Lundi 9 direction le nord vers San Pedro de Atacama. On arrive par Calama à deux heures d’avion de Santiago.

 

jeudi 12 mars 2015

L’avion arrive à Calama le lundi 9. Calama est une ville minière et il y a environ une heure et demie de route pour rejoindre San Pedro de Atacama. Nous sommes pris en charge par un chauffeur qui m’emmène avec une famille de trois français. Les français ne parlent pas un mot d’espagnol, ni d’anglais. Du coup, je sers d’interprète !

Au départ la route est toute droite, jusqu’à l’infini, dans un désert de rocaille d’une sècheresse absolue, il n’y a pas trace de la moindre végétation. Le chauffeur nous dit  que c’est le désert le plus sec du monde. De fait, on ne voit pas comment on pourrait faire mieux.

Au fond une chaine de montagne, la « sierra de sal », toute blanche.  Nous l’atteignons et nous la franchissons par une route à très larges lacets, assez surprenante, pas du tout la route de montagne telle qu’on l’imagine. De l’autres côté de la sierra, la route est pleine de panneaux d’avertissement sur la vitesse. Le chauffeur, qui roule très prudemment, m’explique qu’on peut très facilement se laisser emporter par la vitesse.  Nous passons par la cuvette de la mort, qui est une dépression dans laquelle les véhicules peuvent se laisser entrainer à rouler très vite. Des deux côtes de la route des épaves de camions et de voitures et des croix indiquent les victimes de ce passage particulièrement dangereux.

La descente sur San Pedro est magnifique. On a l’impression de voir un lac au fond de la vallée, mais ce n’est qu’une illusion d’optique.

San Pedro de Atacama est un gros village ou petite ville (huit mille habitants), dont les habitants travaillent pour la mine ou le tourisme. Les rues sont en terre battue, mais il parait qu’on ne les a pas goudronnées pour garder l’aspect typique pour les touristes.

La rue principale, « Caracoles »   n’a que trois sortes de commerces : les restaurants, les agences de voyage pour les visites et les boutiques de souvenir. La plupart des boutiques sont tenues par des indiens, mais ce n’est pas toujours le cas. Il y a des boutiques plus chics tenues par des bobos. Par certains aspects, ça rappelle Saint Paul de Vence.

Il y a de nombreuses promenades autour de San Pedro, les unes font partie des incontournables et d’autres plus originales.

La plus incontournable, le clou du spectacle est constitué par les geysers du Tatio. Le Tatio est un plateau  situé à plus de quatre mille mètres d’altitude.   Je suis allé les voir dès le mardi, ce qui est parait-il une erreur, parce qu’il vaut mieux commencer à s’habituer à l’altitude avant de monter si haut. J’ai donc eu un peu le mal des montagnes, sans trop : la tête qui tourne et  le souffle court.

La particularité des geysers est qu’ils ne fonctionnent qu’au lever du jour, il faut donc partir à cinq heures du matin. On est largement récompensé par le résultat. Nous nous trouvons sur un vaste plateau parsemé de petits cratères fumants. Alors que le ciel est encore sombre les geysers entrent en activité et l’eau jaillit au milieu des fumées. Il y a des geysers de différentes tailles, qui changent parait-il régulièrement de place.

Au fond du plateau une piscine a été aménagée. Il fait carrément froid et je ne suis pas tenté par le bain, bien que l’eau soit chaude. Je suis récompensé par l’approche de deux gigognes qui se laissent complaisamment photographier, quoique à distance respectable.

Au retour, nous passons par le très joli village de Machuca dominé par une petite église blanche sublime.  

Le lendemain matin, le 11, j’ai fait une visite moins classique : el valle de Arcoiris. Pour y aller nous avons fait de la piste et même passé la rivière à gué, sans risque cependant d’être entrainés par le courant.  La vallée de Arcoiris est parcourue par la petite rivière de même nom, qui permet le développement d’un minimum de végétation : des espèces de bouquets de plante parsemés sur la terre ocre et même quelques cactus.

Les flancs de la vallée sont riches en minéraux de toutes sortes qui, en s’oxydant donnent des couleurs extraordinaires. Le lieu est désert et le contraste entre les terres arides et le filet de végétation le long de la rivière est saisissant. 

Au retour passage par le village de « Toconao », doté d’une église et d’un clocher séparé datant de 1750, ce qui est très vieux pour le Chili. L’église a pour particularité d’avoir une charpente en cactus, ce que je n’aurais jamais soupçonné en la voyant. En fait on ne fait plus maintenant de charpentes en cactus ; le cactus étant une espèce protégée. Un cactus me dit-on peut vivre huit cents ans.  Un autre lieu de visite incontournable est constitué par le salar de Atacama, qui est un vaste étang d’eau très salée, alimenté par l’eau sous terraine venue des volcans. Le lieu est une réserve de  flamands roses. Tout le terrain autour de l’étang est constitué par une sorte de croute de sel, sous laquelle l’eau affleure. Lorsqu’on marche dessus par un chemin balisé, le sel craque sous les pieds. J’ai vu quelques envols de flamands roses ; ils volent en file indienne.

Au-dessus de tout ce paysage plane la silhouette du Lichancabur en forme de cône parfait , volcan en activité qui culmine à 4900 mètres ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis, pulvinar dapibus leo.

désert d'Atacama
désert d'Atacama
désert d'Atacama

vendredi 13 mars 2015

Hier soir, visite de l’incontournable « valle de la luna » ainsi appelée parce que le paysage correspond assez exactement à ce qu’on imagine de la lune. C’est le lieu le plus désertique de la région. La marche est très difficile surtout lorsqu’on monte sur un terrain sablonneux. La montée vaut le déplacement. On découvre un vaste cratère entièrement blanc de sel. En arrière-plan la silhouette du Lichancabur donne un aspect féérique à l’ensemble. L’érosion a créé des formes étranges, dont l’une avec un peu d’imagination peut passer pour la vierge tenant son enfant.

Il parait que des expériences de véhicule lunaire ont été menées à cet endroit correspondant le mieux aux conditions de la vraie lune. La chaleur est totalement écrasante.

Le matin, j’avais commencé ma journée par une visite archéologique. Un fort a été construit au- dessus de  San Pedro vers le dixième siècle. Jusqu’à cette époque la région était assez stable, puis un empire (je ne sais pas lequel) s’est effondré laissant place à des ambitions régionales. Les habitants de la région ont donc construit ce fort pour se protéger. Les ruines dominent la rivière qui passe à San Pedro et qui fait sa fertilité. D’en haut on voit les lacets de la rivière, la verdure qui l’entoure et autour le désert.

Pedro de Valdivia, le découvreur du Chili est passé par San Pedro, qui ne s’appelait pas encore ainsi, sur son chemin depuis le Pérou. Les habitants, qui n’avaient jamais vu un européen se sont défendus avec des arcs et des flèches, contre des mousquets. Ils ont perdu et se sont fait couper la tête, exhibée ensuite au bout d’un piquet en haut du fort. Le personnage de Pedro de Valdivia m’intéresse particulièrement. Il a fait partie des découvreurs du Pérou. Il s’est lancé dans l’expédition chilienne pour trouver une voie d’accès au Pacifique et à l’Asie. Il a traversé avec ses troupes le désert qui fait tout le nord du Chili sur 2000 km. Beaucoup des membres de l’expédition sont morts de soif  en cours de route, lui a résisté. Il a ensuite créé Santiago sur le modèle fixé par les rois d’Espagne. Toutes les villes coloniales étaient construites en damier avec la place d’arme au milieu. La place d’arme  était le centre politique et religieux de la ville avec la cathédrale.

En poussant vers le sud, Pedro de Valdivia a rencontré les Mapute qui lui ont résisté, au point qu’il a renoncé à conquérir leur territoire et qu’il a conclu la paix avec eux. Les Mapute ont opposé aux espagnols une guerrilla de résistance qui a eu raison de leur détermination. Pedro des Valdivia n’étant pas homme à renoncer facilement, on imagine assez bien les atrocités qui ont du être commises. A ma connaissance, les Maputes sont le seul peuple d’Amérique qui ait résisté avec succès à la colonisation.

 

désert d'Atacama
Fort de san Pedro de Atacama

Samedi 14 mars

J’ai recueilli un certain nombre de photos familiales de la part de Julio que j’ai amenées à reproduire.

En vrac les informations sur la famille :                

  • Côté arrière-arrière-grand père Favereau : conseiller municipal de Nantes et député. Il est nommé président d’une compagnie de négoce international qui a des comptoirs à Sydney, à Nouméa et au Chili.
  • Son fils (mon arrière grand- père), fait Saint-Cyr. Il se fait remarquer par son inconduite, notamment à l’égard des femmes, séduisant la veuve d’un camarade et la ou les femmes d’autres et doit quitter l’armée.
  • Son père l’envoie gérer le comptoir de Nouméa. Les conditions sont tellement peu confortables qu’il installe sa famille à Sydney en Australie. Il a trois enfants avec son épouse :
  • mon grand- père Marcel, une sœur parait-il très belle Renée et un frère. La fratrie compte trois enfants.  Le grand père Marcel fait des études dans un établissement religieux en anglais à Sydney. Il parle donc couramment anglais.
  • Son père s’adapte mal à Nouméa et décide de rentrer en France avec toute la famille.
  • Sur ce survient la guerre de 1870. Il est réincorporé dans l’armée avec le grade de capitaine.
  • La guerre finie il se retrouve sans situation.
  • A cette époque le gouvernement chilien cherche à attirer des immigrants européens et passe des accords au terme desquels il aide financièrement des immigrants sous réserve que ces derniers fassent venir et emploient d’autres immigrants. L’arrière-grand-père s’engage ainsi à faire venir trois cents personnes, une seule viendra.
  • Son fils, mon arrière-grand-père Marcel exerce différentes professions, dont journaliste, professeur, à Santiago. A l’époque les communautés nationales se fréquentaient beaucoup et la communauté française était assez influente.
  • On peut penser qu’il a ainsi connu son épouse jeanne (de) Civrac, bien que leur correspondance ne permette pas de connaitre les circonstances de leur rencontre.
  • Ils se marient à Santiago en 1903 et le mariage donne lieu à une scène particulière de la part du père de Jeanne, dont il s’excusera le lendemain.
  • Jeanne veut se marier sous le nom de de Civrac, son père voulant que ce soit simplement sous le nom de Civrac sans particule (voir la partie Civrac)
  • Au terme de péripéties professionnelles diverses, Marcel Favereau et son épouse s’installent à Constitucion, petite ville de bord de mer au sud de Santiago.
  • Constitucion est construite à l’embouchure du plus grand fleuve du Chili. La maison Favereau est construite rue Blanco, parallèle au fleuve à une rue de distance.
  • Le terrain occupé fait tout un pâté de maison. Il y a l’habitation et l’entreprise : une tannerie. Rien n’explique pourquoi Marcel Favereau s’est lancé dans cette activité. La maison est grande. Les chambres et les pièces de séjour donnent sur le patio. Marcel et son épouse auront dix enfants. Marcel est un énorme travailleur et à une forte ambition sociale et la volonté de s’élever dans l’échelle sociale . Il est intégré à la colonie française. Avec son épouse il parle français. Au temps de la splendeur il y avait probablement de trois à quatre bonnes à la maison.
  • La famille était intégrée à la vie sociale de Constitucion. Les communautés natianales se fréquentaient beaucoup entre elles et Marcel Favereau faisait partie des notables de Constitucion. On a des photos de l’époque sur lesquelles on voit Marcel Favereau au cours de réunions officielles avec les grands responsables locaux dont sont issus un ancien président de la république chilienne, un ancien président de la cour supréme. La vie sociale était probablement un peu ennuyeuse. On trouve des photos de bal en plein air où figurent toujours plus ou moins les même personnes. Une vie provinciale, loin de la capitale.   
  • Les garçons sont envoyés en pension à Talca, chez les frères………….. talca est à environ 100 km à l’est de Constitucion. Les frères Favereau, il y en aura plusieurs simultanément dans l’établissement se font remarquer par leur inconduite. René, dans une altercation avec un des religieux lui déchirera la soutane et sera immédiatement renvoyé. C’est à ma connaissance le seul des garçons qui n’est pas eu le baccalauréat. 
  • La famille est frappée par plusieurs malheurs ; le décès de l’un des fils Georges qui à dix-huit ans se coupe en se rasant. S’ensuit une septicémie foudroyante qui l’emporte.
  • Marie, l’ainée des deux filles se marie avec Retamal, avocat puis juge de douze ans son ainé. Ils se connaissent depuis que Marie avait quatorze ans. A vingt ans Marie gagne le concours de beauté de Constitucion.  Ils ont un fils Julio qui nait en  novembre 1935. Elle est immédiatement à nouveau enceinte et fait une grossesse extra-utérine. Elle meurt alors que son fils n’a que six mois.
  • La situation économique de l’entreprise familiale a été entamée par le tremblement de terre de 1930. Elle fait définitivement faillite en 1935. Marcel meurt (après sa fille Marie ?).
  • A partir de 1935, la famille se délite. L’ainé Charles part à Santiago où il fera toute sa carrière dans la banque. …………, dont il finira fondé de pouvoir. Il se marie avec Léonie et ils auront deux enfants, Marcel et Claudette. Marcel est décédé en ………. Claudette est mariée à………………
  • Louis (Lucho) part à Valparaiso et fera carrière dans le commerce maritime. Il épousera Emilia. Ils ne pourront pas avoir d’enfant et finiront par adopter une petite fille, Patricia. Patricia apprendra très tard, par l’indélicatesse d’une camarade de classe qu’elle a été adoptée. Elle se fâchera un temps avec ses parents en quittant la maison familiale, puis se réconciliera avec eux plus tard. En fait elle est la fille d’une sœur d’Emilia, sans que l’histoire soit totalement connue de Julio.
  • René est parti faire son service militaire en France. Il est affecté à la ligne Maginot. Il rencontre une jeune fille, Anne, wagmestre. Elle tombe enceinte, il répare. Il écrit à son père, encore vivant à l’époque, pour l’informer de la situation. Marcel lui répond qu’il est inutile de renter au Chili. Il pensait probablement qu’Anne constituait une mésalliance. Ils auront tout de même dix enfants. L’ainée Jeannie découvrira sur le tard qu’elle est née moins de neuf mois après le mariage de ses parents et leur fera une scène épouvantable à ce sujet.
  • Henri part à Santiago en 1936 ou 1937, puis en France pour la guerre en 1939. On ne sait pas ce qu’il a fait à Santiago pendant deux à trois ans. Le fait est que dans les années trente, il n’y avait pas de travail pour les jeunes à Constitucion.
  • Gaston part à Valparaiso et je ne sais pas très bien quel était son métier.
  • La maison désertée et son mari Marcel décédé après avoir fait faillitte, Jeanne se retrouve dans de grandes difficultés financières. Elle décide de louer des chambres à des voyageurs. Le confort de l’époque le permet. Il n’y a qu’une salle de bain, mais on se lave moins que maintenant.
  • Jeanne garde son petit-fils Julio dont la mère est décédée en 1936. Elle est frappée d’hémiplégie en  La bonne Sarah s’occupe d’elle. Elle entendra de la part de Jeanne les récits familiaux. En 1939, Jeanne décède, Sarah s’occupe de  Julio dont le père décède vers 1950 d’un calcul mal soigné.
  • Charles, l’ainé des Favereau devient le tuteur de Julio et lui propose de venir s’installer chez lui. Julio préfère rester à son domicile avec Sarah, notamment parce que la maison de Charles n’avait pas assez de chambre. Sarah décède en …………Sa sœur beaucoup plus jeune qu’elle prendra sa suite en …………Et je la rencontrerai lors de mon premier voyage au Chili en 1980, sans avoir réellement réalisé la charge affective qu’elle représentait. C’est Sarah qui transmettra à Julio les histoires familiales que lui avait confié Jeanne au soir de sa vie.

 

  • Côté Civrac

Une certaine ambiguïté subsiste sur les origines familiales : la particule de apparaissant puis disparaissant. La famille est originaire du bordelais. C’est le père de Jeanne, Arthur, né en 1845, qui a émigré au Chili. On dispose d’une courte biographie de lui parue dans l’album de la colonie française au Chili. Il s’agissait d’un personnage un peu fantasque, haut en couleur et se donnant des allures de grand seigneur. Il avait étudié à l’université de Leipzig et se targuait d’avoir occupé la place de Bismark. Il  prétendait avoir la particule mais s’appelait probablement simplement Civrac. D’après les recherches de Julio, il est assez possible qu’il ait été un fils naturel du monsieur de Civrac de l’époque qui avait eu vingt enfants dont une bonne partie illégitimes. La piste n’a jamais pu être établie.

Le fait est que monsieur Civrac se prétendait descendant d’un pirate ayant écumé les mers sous le prince noir, soit vers le quinzième siècle, que personne dans la famille ne contestait la vérité de ce récit, et surtout pas sa fille Jeanne qui l’avait transmis à Sarah, qui elle-même l’avait porté à Julio.

Louis de Civrac étant décédé en 1915, il ne subsiste bien entendu plus aucun témoin de son époque.

Monsieur de Civrac a eu trois enfants : Jeanne ma grand-mère, Renée qui était la plus belle et un garçon Gabriel, gravement blessé au cours de la guerre de quatorze,  resté grand invalide et qui a fini sa vie misérablement.

La biographie d’Arthur parue dans l’album de la colonie française sur deux pages est assez étrange. Elle est à la fois assez bienveillante (on a l’impression que l’auteur porte de l’affection à son sujet) et totalement assassine.

Elle trace le portrait d’un homme travailleur infatigable, mais touche à tout : affaires, journalisme, poésie, comptabilité. Il a littéralement conduit à la faillitte toutes les affaires qu’il a entreprises.  

Dimanche 15mars

Je suis allé visiter la maison de Pablo Néruda, « la Chascona », du nom de sa maîtresse devenue ensuite sa dernière femme. La maison a été construite en plusieurs étapes de petits bâtiments à flanc de colline, reliés par de terrasses. Au départ c’était le lieu de rencontres galantes entre Pablo Neruda et sa maitresse, puis lorsqu’il a définitivement plaqué sa femme, il l’a fait agrandir par ajouts successifs de petits bâtiments. Rien n’est grand et c’est un assortiment d’objets venus du monde entier, modernes ou anciens, qui se marient si bien qu’on croirait qu’ils ont été créés pour être ensemble. Comme pour la maison de Valparaiso, je m’y installerais bien sans rien  changer. La salle à manger a été créée pour donner l’impression d’être sur un bateau. Le plafond est bas et les fenêtres sont des hublots, effet garanti.

Je suis allé ensuite finir le musée historique, qui me plait particulièrement. Je suis fasciné par le personnage de Pedro de Valdivia et de sa maitresse Ines de Sanchez qui sont totalement extraordinaires, mais j’y reviendrai.      

maison de Pablo Neruda